Des jeunes en quête de sens
Les jeunes ambitieux

Des jeunes en quête de sens

Dorénavant, nous avons décidé de laisser ponctuellement la parole aux professionnels. Nous commençons ce mois-ci avec Noémie, assistante Ressources Humaines et Administration. Fraîchement arrivée sur le marché de l’emploi, elle nous dévoile son point de vue sur l’état d’esprit des jeunes au travail. Noémie a choisi, au vu de son expérience et de ses préférences, d’aborder la question du sens. Cette faculté détermine, aujourd’hui plus qu’hier, notre rapport au travail. Par le biais de cet article, elle nous offre une approche permettant d’ajuster nos stratégies afin de fidéliser la jeune génération.

Sans en dire davantage, nous lui laissons la parole…

« Fait social ascendant, la question du sens semble habiter plus que jamais les nouvelles générations.

Entre aspirations personnelles et volonté de contribuer à l’intérêt commun, le jeune actif cherche à tracer son propre chemin. A réaliser un parcours à son image, dans un monde en mouvement alors que les repères du passé ne semblent plus le guider.

Alors il expérimente, doute, échoue, reconstruit. Et le travail le préoccupe plus que jamais.

Quelle place pour le travail chez les jeunes ?

Si l’indispensable « gagne-pain » demeure, le motif financier constituant toujours le premier ressort du travail, d’autres motivations s’ajoutent aujourd’hui. Davantage diplômés [1] et ouverts sur le monde, les moins de 30 ans voient désormais dans le travail un vecteur d’émancipation, de développement, sinon de réalisation de soi. Le jeune ne travaille non plus pour seulement subvenir à ses besoins physiques et matériels. Il désire aussi être indépendant, se sentir utile et développer ses connaissances. Souhaitant atteindre le sommet de la pyramide de Maslow et vivre de ses idéaux, ses attentes évoluent et s’amplifient. Conscient de l’importante part de vie consacrée au travail, il souhaite faire de son emploi un vecteur de transformation.

Entre idéaux et réalité professionnelle 

La question du sens au travail semble se poser en deux temps.

D’abord, le sens global. L’étudiant se projette selon différents facteurs lui paraissant pertinents : quelles sont mes attraits et facilités ? Dans quel secteur travailler ? Quelle profession exercer ? Il s’agit là d’un sens sous-jacent, presque intuitif, tel un fil rouge de cohérence. Ayant davantage de possibilités pour se former, le jeune se laisse de plus en plus guider par ses envies. Quitte à risquer une insertion longue et difficile sur le marché de l’emploi [2], le déclassement [3] ou à sacrifier une part de rémunération [4]. C’est le cas de certains métiers de santé, en lien avec l’action sociale ou culturelle.

Puis arrive l’idée de sens profond. Exercer le métier convoité, investir ses compétences et valeurs au service de l’intérêt général, se développer, aider les autres ne suffit pas. La question du sens n’est pas résolue si le sens global ne s’accompagne pas d’un sens profond. Sens profond qui se trouve lui dans la réalité quotidienne de travail. Suite aux dissonances détectées, le jeune actif s’interroge, doute, développe parfois un sentiment de frustration. Il lui arrive même de subir de fortes exigences émotionnelles ou conflits de valeurs, avant de rebondir. Le jeune qui perd son sentiment d’utilité en étant éloigné du terrain, celui qui peine à endurer sa confrontation aux réalités humaines, celui qui pâtit d’un système culturellement hiérarchisé en sont des illustrations.

Développer le sens 

Développer le sens c’est d’abord en cerner la tonalité et les contours. Affaire d’individualité, parfois évolutive, le sens se décompose en effet en mille facettes. Quand certains veulent le bon, d’autres visent l’utile, ce qui est bien fait ou encore ce qui relie. Vivre une situation de malaise peut être facilitateur de compréhension. Car elle présente l’occasion de s’interroger sur les fondements de ses propres moteurs et convictions.

Développer le sens, c’est aussi répondre à un objectif humain, organisationnel et économique. Il est fort à parier qu’un salarié qui s’accomplit au travail, en atteignant et en vivant ses idéaux par l’action, est une personne plus heureuse. Au-delà des facteurs motivationnels émanant du sens trouvé au travail, le bien-être soude les équipes, renforce la productivité, fidélise les effectifs.

Enfin, développer le sens, c’est parfois allier travaux concrets et conceptualisation, c’est parfois responsabiliser, c’est parfois mettre l’accent sur le sens collectif au travail. Mais c’est surtout combiner au mieux l’équation souhait-principe de réalité. Il s’agit alors de composer intelligemment avec les ressources humaines tout en tenant compte des contraintes organisationnelles.

Affaire complexe mais beau défi. » – Noémie PROVOST

Les propos exprimés n’engagent que l’auteure

 

Pour aller plus loin…

[1] Selon l’INSEE, la proportion de bacheliers dans une génération était de 78,8 % en 2016, contre 25,9 % à la session de 1980. L’apprentissage dans l’enseignement supérieur progresse également. 42% des jeunes sont diplômés du supérieur aujourd’hui contre seulement 16% à la fin des années 1970.

[2] Selon  l’NSEE, l’accès à l’emploi et les conditions d’insertion dépendent de la formation choisie, professionnelle ou générale, et du domaine ou des disciplines étudiés. Les diplômés du domaine de la production ont souvent un devenir plus favorable que ceux des services.

[3] Selon l’état des lieux sur le déclassement et chômage pour les plus diplômés  présenté par le Cereq, 33.2% des jeunes diplômés vivent une situation de déclassement, en occupant un emploi dont le niveau de qualification est inférieur au niveau de diplôme.

[4] D’après l’étude sur l’emploi des jeunes dans l’ESS du CNCRESS, le salaire moyen perçu par les jeunes est inférieur dans l’Economie Sociale et Solidaire par rapport au reste du privé et au Public. Les évolutions salariales sont par ailleurs moins importantes. Nous constatons +23% entre le premier emploi et 30 ans dans l’ESS contre +48% dans le privé lucratif.

Cet article a 6 commentaires

  1. La maturité n’attend pas les années. Noemie fait preuve d’une capacité d’analyse profonde est sincère. Il semblerait qu’elle est déjà atteint un étage élevé de la pyramide de Maslow.
    Attention à rester les pieds sur terre neanmoins, car comme il y a plusieurs âges plusieurs niveaux de réflexions… il existe certainement plusieurs jeunesses🧐 : origines différentes, éducation différentes, entourages, passions, rêves… différents. Les amalgames sont dangereux et consistent trop souvent à ranger les etres humains dans des
    Petites boites. Alors que le contact au plus près des personnes permet d’aller sur le chemin de la compréhension de qui est «  mon autre ». : mieux connaître son voisin permet de mieux se connaître soi même.
    Noemie entreprend ce
    Travail et je pressent qu’elle continuera de grandir et qu’elle en fera profiter le plus grand nombre.
    J’ai hâte de lire ses prochaines réflexions.

Laisser un commentaire

Fermer le menu